

Adapté du conte de :
Perrault
Tiré
du livre : Mille ans de Contes

Il était une
fois un homme qui était veuf. Un jour, il
se remaria avec une
femme dure et orgueilleuse, mère de
deux filles qui lui ressemblaient en tout. De son côté, le
mari avait une fille qui était douce et gentille. Dès le
lendemain des noces, la belle-mère laissa éclater sa mauvaise
humeur. Elle se mit à maltraiter la fille de son mari : au lieu
de jolis habits, elle lui donna de vieilles robes toutes
déchirées ; elle l'obligea à faire les plus durs travaux : à
laver la vaisselle, à nettoyer la maison, à aller chercher le
bois. Pendant ce temps, ses propres filles avaient des robes
magnifiques et passaient leurs journées à se prélasser. Quand
la pauvre petite avait fini son travail, elle allait s'assoir au
coin de la cheminée, dans les cendres, si bien qu'on la
surnomma Cendrillon. Craignant de se faire gronder, elle
n'osait pas se plaindre à son père, car il se laissait entièrement
dominer par sa femme.
![]()
Il arriva que le fils du roi donna un grand bal, auquel furent
invitées les deux soeurs de Cendrillon. Les voilà bien
contentes et bien occupées à choisir leurs habits et leur
coiffure. Elles appelèrent Cendrillon pour lui demander son
avis, car elle avait bon goût. Cendrillon leur donna
d'excellents conseils et leur proposa même de les coiffer. Une
autre qu'elle aurait profité de l'occasion pour se venger et
les aurait coiffées de travers, mais Cendrillon était si gentille
qu'elle les coiffa parfaitement. Ses soeurs lui demandèrent :
_ Cendrillon, serais-tu heureuse d'aller au bal ?
_ Hélas, mesdemoiselles, vous vous moquez de moi.
Comment pourrais-je y aller ?
_ Tu as raison ! On rirait bien si on te voyait au bal avec
tes vilains habits.
![]()
Quand elles furent
prêtes, elles se rendirent au bal. Cendrillon
les suivit des yeux le plus longtemps possible. Lorsqu'elle
ne les vit plus, elle se mit à pleurer et sangloter :
_ Je voudrais...je voudrais...
_ Tu voudrais aller au bal ? murmura une voix tout près
d'elle.
Étonnée, Cendrillon leva la tête. Devant la cheminée, se
tenait une vieille femme qui s'appuyait sur un bâton.
_ Qui êtes-vous ? demanda Cendrillon.
_ Ta marraine, la fée. Et ce bâton est ma baguette magique.
Maintenant, arrête de pleurer, va dans le jardin et apporte-moi
une citrouille.

Cendrillon courut aussitôt cueillir la plus belle citrouille du
jardin et la porta à sa marraine, en se demandant bien
comment cela lui permettrait d'aller au bal. Sa marraine
creusa le fruit, ne lui laissant que l'écorce, puis elle le frappa
de sa baguette magique : la citrouille se transforma aussitôt
en un beau carrosse doré.



Ensuite, la fée regarda dans la souricière où se trouvaient six
souris. Elle dit à Cendrillon de lever un peu la trappe de la
souricière. Au fur et à mesure que les souris sortaient, la
fée leur donna un coup de baguette magique et elles étaient
aussitôt transformées en chevaux ; ce qui fit un bel attelage
de six chevaux, de couleur gris souris pommelé. Comme la
fée se demandait avec quoi elle ferait un cocher, Cendrillon
lui dit :
_ Je vais voir s'il n'y a pas quelque rat dans la ratière ;
_ Tu as raison, dit sa marraine, va voir.
Dans la ratière, il y avait trois gros rats. La fée choisit celui
qui avait la plus belle barbe et le toucha de sa baguette. Il
fut changé en un gros cocher, qui avait une des plus belles
moustaches qu'on ait jamais vues. Puis elle dit à Cendrillon
_ Va dans le jardin, tu y trouveras six lézards derrière
l'arrosoir, apporte-les-moi.

Les lézards furent changés en six laquais aux habits chamarrés,
qui montèrent derrière le carrosse comme s'ils avaient fait
cela toute leur vie.
La fée dit alors à Cendrillon :
_ Eh bien, voilà de quoi aller au bal, n'est-ce pas ?
Es-tu
heureuse ?
_ Oui dit Cendrillon, mais je ne peux pas y aller comme
cela, avec mes vilains habits.

Sa marraine ne fit que la toucher avec sa baguette, et les
vilains habits devinrent une belle robe brodée d'or et
d'argent. La fée lui donna ensuite une paire de jolies
pantoufles de verre. Cendrillon était prête pour le bal ! Mais
avant de la laisser partir, sa marraine lui fit une dernière
recommandation :

_ Surtout, rentre avant minuit. Car au douzième coup de
minuit, ton carrosse redeviendra citrouille, tes chevaux,
souris, tes laquais, lézards, et ta robe, un vieux tablier !
Cendrillon promit à sa marraine de lui obéir, la remercia,
monta en carrosse et partit, toute joyeuse. Quand le fils du
roi apprit qu'une belle princesse inconnue venait d'arriver,
il se précipita pour la recevoir. Il lui donna la main à sa
descente du carrosse et la mena dans la salle où se trouvaient
les invités. Aussitôt, il se fit un grand silence. Les danseurs
se figèrent sur place, les violons se turent et chacun contempla
l'inconnue. On n'entendait qu'un murmure confus :
_ Ah ! qu'elle est belle !
![]()
Le fils du roi l'invita à danser. Elle dansa avec tant de grâce,
qu'on l'admira encore plus. Le jeune prince était si occupé
à la contempler qu'il ne pensait pas à goûter aux mets
délicieux qui étaient posés sur les tables. Cendrillon parla
aimablement avec ses soeurs, mais elles ne la reconnurent pas.
Tout à coup, elle entendit sonner onze heures trois quarts.
Elle fit aussitôt une grande révérence à la compagnie, et
s'en alla le plus vite possible. Dès son retour, elle alla
trouver sa marraine, la remercia, et lui dit qu'elle souhaitait
retourner au bal le lendemain car le fils du roi l'avait invitée.
Un peu plus tard, les deux soeurs frappèrent à la porte.
Cendrillon alla leur ouvrir.
_ Que vous avez mis du temps à revenir ! leur dit-elle en
bâillant et en se frottant les yeux, comme si elle venait de
se réveiller.
_ Si tu étais venue au bal, lui dit une de ses soeurs, tu ne
t'y serais pas ennuyée : il est venu la plus belle des princesses
et elle a été si aimable avec nous !
_ Quel est le nom de cette princesse ? demanda-t-elle.
_ Personne ne la connaît, répondirent-elles, et le fils du
roi donnerait tout pour savoir qui elle est.
![]()
Le lendemain, les deux soeurs se rendirent au bal, et
Cendrillon aussi, mais encore plus magnifiquement parée
que la première fois. Le fils du roi lui tint compagnie et ne
cessa de lui parler. La jeune demoiselle était si occupée
qu'elle en oublia les recommandations de sa marraine. Elle
croyait qu'il n'était que onze heures quand elle entendit
sonner minuit. Vite, elle se leva et s'enfuit aussi légèrement
qu'une biche. Le prince eut beau la suivre, il ne put l'attraper.
Elle courait si vite qu'elle laissa tomber une de ses pantoufles
de verre. Le prince la ramassa bien soigneusement.
Cendrillon arriva chez elle essoufflée, sans carrosse,
sans laquais,
et avec ses vilains habits : il ne lui restait de toute sa
magnificence qu'une de ses pantoufles. On demanda
aux gardes de la porte du palais s'ils avaient vu courir
une princesse mais ils répondirent qu'ils avaient vu courir
une jeune fille fort mal vêtue, et qui avait plutôt l'air d'une
paysanne que d'une demoiselle.
Quand les deux soeurs revinrent du bal, Cendrillon leur
demanda si elles s'étaient encore bien amusées et si la belle
dame était venue.
_ Oui, dirent-elles, mais elle s'est enfuie quand minuit a
sonné, et si vite qu'elle a laissé tomber une de ses pantoufles
de verre. Le fils du roi l'a ramassée, et il n'a fait que la
regarder pendant tout le reste du bal. Assurément, il est
fort amoureux de la belle personne à qui appartient la petite
pantoufle.

Elles disaient vrai, car peu de jours après, le fils du roi fit
proclamer qu'il épouserait celle dont le pied entrerait exactement
dans la pantoufle. On l'essaya aux princesses ensuite
aux duchesses puis à toute la cour, mais inutilement. On
l'apporta chez les deux soeurs, qui firent tout leur possible
pour faire entrer leur pied dans la pantoufle, mais sans
résultat. Cendrillon ,qui les regardait, et qui avait reconnu
la pantoufle, dit en riant :
_ Voyons si elle ne m'irait pas !
Ses soeurs se mirent à rire et à se moquer d'elle. Le
gentilhomme qui faisait l'essai de la pantoufle regarda
attentivement Cendrillon et la trouva fort belle ; il dit qu'il
avait l'ordre de l'essayer à toutes les filles. Il fit asseoir
Cendrillon et, approchant la pantoufle de son petit
pied,
s'aperçut qu'elle y entrait sans peine. L'étonnement des deux
soeurs fut grand, mais plus grand encore quand Cendrillon
tira de sa poche l'autre petite pantoufle qu'elle mit à son
pied. C'est alors qu'arriva la marraine ; elle donna un coup
de sa baguette magique sur le vieux tablier de Cendrillon
et le transforma en une robe somptueuse.
![]()
Alors ses deux soeurs la reconnurent pour la belle personne
qu'elles avaient vue au bal. elles se jetèrent à ses pieds pour
lui demander pardon de tous les mauvais traitements qu'elles
lui avaient fait subir. Cendrillon les releva, et leur dit en les
embrassant qu'elle leur pardonnait de bon coeur. On la mena
chez le jeune prince, parée comme elle était. Il trouva
plus belle que jamais, et peu de jours après, il l'épousa.
Cendrillon, qui était aussi bonne que belle, fit loger ses deux
soeurs au palais, et les maria dès le jour même à deux grands
seigneurs de la cour...
![]()


© Créations Ladie Lynn 2000