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Deux petits rats
orphelins, Ratounot et Biberin,
habitaient une cabane, juste à l'orée de
la forêt.
Ce matin-là, ils attendaient pour
se lever que leur cigale
apprivoisé se mette enfin à chanter.
Au bout d'un long moment, Ratounot s'inquiéta :
 
-- Dis, Biberin, tu as entendu la cigale ce matin ?
Biberin bâilla :
-- Pas encore, Ratounot.
Ratounot sauta de son lit. Il alla voir la cigale.
Elle était blottie dans un coin de sa petite cage.
 
-- Bonjour, Cigale !
Tu n'es pas bavarde aujourd'hui !
-- Crkk ! Crrk ! répondit-elle tristement.
Elle essaya de se dresser sur ses pattes,
mais retomba sur son petit derrière.
-- Biberin, la cigale est malade !
Il faut aller voir la Tante Biberine !
cria Ratounot.
 
Ils s'habillèrent tout de travers
et partirent sans déjeuner.
Ratounot serrait bien fort la cage entre ses pattes.
Chemin faisant, ils rencontrèrent Monsieur Leloup.
-- Hou ! Hou ! dit-il en sortant du bois.
Mais c'est Ratounot et Biberin !
Où allez-vous de si bon matin ?
demanda-t-il, en faisant le gentil.
-- Notre cigale est malade et nous allons de ce pas
consulter la tante Biberine qui connaît le secret
de toutes maladies, répondirent les petits rats.
-- Savez-vous que je suis un peu docteur ?
Laissez-moi examiner votre cigale. En moin de deux,
je vous la guérirai ! s'exclama Monsieur Leloup.
-- Taratata ! On connaît la chanson.
D'un coup de dent, scruntch !
grand méchant, vous croqueriez notre cigale.
Avec vous, la cage serait vite vide.
Et le matin, pfft !
Plus de petite chanson pour nous réveiller.
Notre cabane serait silencieuse et nous, si tristes !
déclara Ratounot. Monsieur Leloup prit sa mallette
de docteur, cachée au creux d'un arbre :
-- Regardez ! J'ai une blouse,
un bonnet et un stéthoscope !
-- Après tout, Monsieur Leloup dit
peut-être la vérité,
murmura Biberin, impressionné.
Ratounot réfléchit :
--Bon, c'est d'accord.
Mais attention, nous vous surveillons !
  
Monsieur Leloup prit un air soucieux.
<<Votre cigale a la gale,
annonça-t-il en faisant claquer sa langue.
Méfiez-vous, c'est contagieux.
Si par malheur vous l'attrapez,
vous vous gratterez comme des singes,
vos poils tomberont - je ne crois pas
qu'ils repousseront -, vous serez chauves et laids.
Il faut la mettre en quarantaine.
Laissez-la donc chez moi.
J'ai une grande maison avec tout ce
qu'il faut pour la soigner. >>
 
Toc ! Un écureuil lui jeta une noisette sur la tête.
<< Ne l'écoutez pas ! C'est un menteur,
pas un docteur.
Si vous lui confiez la votre cigale,
il la mangera dès que vous aurez le dos tourné ! >>
affirma-t-il aux petits rats.
Monsieur Leloup grimpa sur l'arbre
pour punir cet écureuil
qui se mêlait de ce qui ne le regardait pas.
Mais il s'empêtra dans sa longue blouse
et il tombala tête première.
 
Ratounot et Biberin continuèrent leur chemin.
Ils arrivèrent enfin chez la tante Biberine.
<< Bonjour, les enfants ! s'écria-t-elle,
l'air guilleret. Justement,
je faisais des crêpes aux myrtilles.
Vous allez les goûter !
- Tout à l'heure, tante Biberine,
dirent les petits rats en l'embrassant,
car pour l'ionstant nous nous faisons du souci.
Notre cigale ne chante plus.
Elle est sûrement malade.
Monsieur Leloup prétend qu'elle a la gale
mais l'écureuil dit que c'est un menteur.
- Monsieur Leloup ? Évidemment,
c'est un charlatan !
Il se déguiserait en diable, s'il le fallait ;
car, pour lui, tout ce qui rentre fait ventre ! >>
s'exclama la tante Biberine.
Elle mit ses lunettes et ausculta la cigale.
Elle lui palpa l'abdomen, elle examina ses ailes,
elle lui regarda les yeux et le fond de la gorge.
<< Votre cigale a les amygdales !
déclara-t-elle finalement.
- Les amygdales ? Mais c'est grave !
gémirent les petits rats.
- Pas du tout, si elle est bien soignée.
Je vais l'opérer.
Vous verrez, dans huit jours,
elle chantera encore mieux qu'avant. >>
 
Pendant que la tante Biberine opérait la cigale,
Ratounot et Biberin inventèrent
une petite chanson pour se changer les idées :
Ma cigale n'as pas la gale,
juste les amygdales.
Monsieur Leloup a menti,
la tante Biberine nous l'a dit.
La tante Biberine se lava les pattes :
<<Et voilà, j'ai terminé ! Je vais la garder ici.
C'est plus prudent. Au moins,
je saurai si elle a de la fièvre.
Voulez-vous rester aussi ?
- C'est impossible !
Il y a le géranium à arroser !
Ratounot.
 
- J'ai oublié de fermer la porte à clé !
ajouta Biberin.
Mais nous reviendrons très souvent ;
d'accord Cigale ? >>
La cigale ne pouvait pas répondre
mais ses yeux pétillaient de joie.
La tante Biberine lui mit un cache-nez,
et lui donna une sucette glacée.
<<Ainsi, tu ne prendras pas froid par-dessus
le marché et ta gorge sera
moins enflammée ! >> dit-elle à la cigale.
 
Ratounot et Biberin allèrent voir
leur cigale tous les jours.
Un matin, du bout du chemin,
ils l'entendirent chanter à tue-tête.
Ils accélérèrent le pas. Elle ne portait plus
de cache-nez et ne mangeait
plus de sucettes glacées.
Enfin, elle était guérie !
Ratounot et Biberin dansèrent joyeusement
sous les yeux attendris de la tante Biberine.
La cigale chanta de plus belle.
Ils s'en retournèrent chez eux
en balançant doucement la petite cage.
Ma cigale n'avait pas la gale,
juste les amygdales.
Monsieur Leloup a menti,
la tante Biberine l'a guérie.
Justement, Monsieur Leloup, habillé en docteur,
faisait le guet avec une fleur :
<< Bonjour, Ratounot ! Bonjour Biberin !
Alors, cette cigale, elle a toujours la gale ?
 
- C'était les amygdales. Espèce de cannibale,
vouv vouliez la manger crue, hein ?
hurla Ratounot en brandissant
un bâton plein de piquants.
- La tante Biberine l'a guérie.
Laissez-nous tranquilles ou nous vous
piquerons avec ce baton, ajouta Biberin.
- Tch ! Tch ! Tch ! >> menaça la coigale
en faisant la grimace.
<<Trois contre un plus un bâton plein de piquants.
Hé ! Hé ! J'aime mieux faire la paix ! >>
pensa Monsieur Leloup.
Il se dandina d'une patte sur l'autre :
<< Prenez cette jolie fleur, Cigale ! >> susurra-t-il.
Il la glissa entre les barreaux
et il partit en sifflotant.
 
La cigale retrouva avec plaisir
la cabane des petits rats.
Elle balaya la cage et se balança sur son
perchoir en fredonnant
crkk ! crkk ! crkk ! sa chanson préférée.
Tout content, Ratounot alla cueillir de belles
framboises dans le jardin.
Biberin fit une grosse tarte.
Le lendemain, ils l'apportèrent à la tante Biberine
pour la remercier d'avoir si bien
soigné leur cigale bien-aimée.
  
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